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Du cadre vert SdF au cadre orange SUF

Ça fait quelques temps que je cherche à comprendre les racines historiques ou pédagogiques qui auraient poussé les SUF à imposer des couples mariés à la tête des groupes au milieu des années 2000.

J’ai posé des questions à droite et à gauche mais je n’ai jamais eu de réponses satisfaisantes.

En me replongeant dans la période des « cadres verts » chez les Scouts de France (SdF) entre 1956 et 1964, je pense trouver quelques éléments valables de réponse.


Pour rappel, le « cadre vert » est lancé en 1956 par l’Équipe Nationale Éclaireurs de Michel Menu, il vise à donner des chefs aux nombreuses troupes en création après l’impulsion donnée par les raiders scouts et les Patrouilles Libres dans un contexte de fort dynamisme démographique. L’idée est de miser sur les jeunes adultes entre 23 et 35 ans déjà engagés professionnellement et familialement, plus stables que les 19 – 23 ans qui constituent les maîtrises des troupes.

L’objectif est double :

1) donner aux troupes des Scoutmestres mûrs et ayant l’expérience de la vie et capables de rester 3 ou 4 ans en poste

2) réanimer ces adultes, issus du scoutisme ou non, « enlisés par la productivité, les loisirs ou la reproduction » par l’apostolat actif


Le Conseil des Chefs: le Scoutmestre et ses assistants "cadres verts" avec les 4 CP

Mais dès 1956, voici un paragraphe singulier de Michel Menu que l’on peut lire dans le premier numéro de la revue « Le Cadre Vert »  :

Dès le début du cadre vert, il est donc envisagé que l’« issue » finale soit que le Scoutmestre s’efface devant le foyer du chef (donc avec son épouse et ses enfants). Le foyer chrétien devait devenir le modèle pour les jeunes assistants (si il en reste encore…) et la Haute Patrouille de la troupe.

Le Quartier Général SdF va proposer des camps de formation pour ces cadres verts (à la durée réduite… pour ces hommes mariés) incluant des conférences sur les problèmes du foyer chrétien, de la vie familiale, professionnelle et politique.


Dès 1957, la revue « Cadre Vert » donne la parole à une épouse de Scoutmestre, Claire, qui avoue avoir du mal à supporter l’absence régulière de son mari. Mais elle constate aussi que son foyer doit au scoutisme d’être plus ouvert et moins égoïste et déclare apprécier recevoir les chefs de patrouilles qu’elle a pris en amitié… et donner son avis.

Le ressentiment reste tout de même bien présent : « Quant aux soirées que nous pourrions passer ensemble, elles sont rares et lorsque nous nous trouvons pour une heure l’un en face de l’autre, Pierre fatigué repousse toute suggestion de lecture ou autres activités de détente en commun. Là-dessus je lui objecte que s’il avait une réunion scoute ce soir-là il saurait se mettre en forme pour y faire face, tandis que pour un rendez-vous avec sa femme, il ne s’en donne pas la peine. »

Dans ces conditions, pour éviter de séparer les couples et limiter les scènes de ménages, osons envisager que l’épouse et les enfants accompagnent le Scoutmestre à sa réunion scoute et tant qu'à faire… au camp! Le couple voire même le foyer devient naturellement « chef » comme envisagé par M. Menu.


Dans ce contexte qui pouvait déstabiliser les couples, les Scouts de France ont également vite proposé des retraites spirituelles aux foyers des cadres verts et les écrits du père Caffarel (fondateur des Équipes Notre-Dame) étaient utilisés au sein de la revue.


Le Scoutmestre, son épouse et un CP

On est obligé de voir des similitudes avec ce que les SUF ont mis en place à la tête des groupes : le cadre « vert » SdF de la fin des années 1950 est simplement devenu « orange » en 2000 chez les SUF!


Il est étonnant que Michel Menu qui incarnait pourtant « la figure du chef viril» ait pu se projeter dans ces expérimentations hasardeuses, avec les risques d'embourgeoisement associés, au niveau même de la branche « éclaireurs ». Au sein d’une interview, il avouait en 2005 ne pas bien connaître la branche « Route ». C’est peut-être là où le bât blesse : il a oublié, et les SUF à sa suite, que le chef scout, quels que soient son âge et sa situation familiale, est avant tout un routier en marche et en service, capable de se rendre disponible, et non un professionnel marié au temps limité dont le foyer chrétien serait une vitrine.


Note :

Dès le numéro de février 1958 de « Cadre Vert », la revue publie un échange entre un ACDE et le Scoutmestre d’une troupe qui prépare l’investiture raider. La maîtrise composée de deux « cadres verts » et d’un jeune assistant s’organise pour partir en camp d’été de trois semaines. Au début, le Scoutmestre, cadre vert aux vacances limitées, envisage de ne pas participer au camp et demande à l'ACDE de se faire remplacer. Au final, après de multiples discussions entre ACDE, chefs, aumônier et épouses, les 2 chefs mariés (dont le Scoutmestre), écartelés entre leurs épouses et les garçons, ne font qu’une semaine sur les trois. Seuls le jeune assistant et l’aumônier assurent la continuité auprès des 25 scouts pendant toute la durée du camp. Tout est là... et ce ne devait pas être un cas isolé…

Un passage de l'ACDE au Scoutmestre nous éclaire sur la perte de repères de ces cadres verts : "Ta solution me semble idéale (NDLR: ne faire qu'une semaine de camp sur les trois! Cette semaine de camp deviendra vite la règle pour les troupes de cadres verts... on est plus proche du louvetisme que du raiderisme!) ; j'aurais été désolé que tu me proposes d'emmener Hélène sous la tente à proximité du camp. J'ai fait en famille une expérience de ce genre, elle a été très pénible. Le camp a été pour moi une vraie souffrance, partagé que j'ai été durant quinze jours entre le désir d'aider ma femme mal entraînée au camp, et de jouer avec mes deux diables, et celui d'être totalement disponible aux garçons comme l'exige la règle du camp."

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