Les « Bâcleurs » 2.0
- matthiasll

- il y a 14 heures
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En 1945 dans la revue SdF "Le Chef", le Commissaire de la Route SdF François Jaeger dénonçait des garçons qui « voletaient d'entreprise en entreprise » sans jamais rien terminer. Quatre-vingts ans plus tard, le symptôme demeure : nous sommes passés du « bâclage » par lassitude au « bâclage » par saturation numérique.
Le nouveau visage du bâclage
Aujourd'hui, le bâcleur ne se reconnaît plus seulement à sa nonchalance physique. Il se reconnaît à son statut "en ligne". Il est celui qui écoute un podcast en accéléré, qui survole un article en trois secondes, qui rédige ses messages en abréviations phonétiques et qui, dans nos unités, semble toujours avoir « autre chose » en tête.
Le bâcleur de 2026 est un expert de la gratification immédiate. Il ne supporte plus le temps long, celui de la construction d'une table en mi-bois/cheville , de l'apprentissage d'un nœud complexe ou de la préparation d'un grand jeu. Si le résultat n'est pas instantané, il décroche. Il « bâcle » sa vie scoute comme il bâcle ses relations sociales : par le swipe, le clic, l'évitement.
La fatigue de l'hyper-sollicitation
Si le R.P. Rimaud pointait en 1945 les séquelles de la guerre sur le système nerveux des jeunes, nous devons aujourd'hui pointer les séquelles de l'hyper-sollicitation. Nos jeunes ne sont pas paresseux ; ils sont épuisés par le bruit. Leur attention est fragmentée par des notifications incessantes. Ils ne sont plus « fatigués » au sens organique du terme, ils sont « saturés » au sens cognitif.
Le bâclage est devenu leur mode de survie dans un monde qui leur demande d'être partout à la fois.

Le travail comme résistance
Comme en 1945, le pédagogue doit travailler « à contre-courant ». Le monde de 2026 valorise le « contenu » rapide, le « format court », l'apparence. Le scoutisme, lui, doit rester le lieu du temps long.
Le défi de la qualité : Apprendre à un jeune à terminer une tâche, non pas pour le résultat, mais pour la dignité de l'acte. Un coin de patrouille bien plané, un rapport de raid explo rédigé avec soin agrémenté de croquis panoramiques et topographiques, un concours cuisine avec utilisation d'un four, un service rendu jusqu'au bout, sans chercher à se mettre en avant.
L'honneur du travail manuel : Dans un monde où tout devient virtuel, le scoutisme doit réhabiliter le « faire ». Le bâcleur de 2026 est celui qui a perdu le contact avec la matière. Le ramener au travail du bois et de la corde, à la cuisine au feu de bois, à la marche sur terrains variés, à la nuit à la belle étoile, c'est le ramener à la réalité.
La reconquête de l'attention : Le camp scout est l'un des rares endroits au monde où l'on peut encore imposer le « mode avion » à la vie. C'est là que nous devons apprendre à nos jeunes à choisir le bon arbre, à écouter un silence, à méditer devant les braises rougeâtres, à suivre une piste sans chercher à vérifier leur téléphone.
Conclusion : Former des hommes, pas des profils
Le métier du chef en 2026 n'est pas de lutter contre la technologie, mais de former des hommes qui sachent s'épanouir par leur profession et leurs engagements malgré un monde qui tend à les disperser.
Le « bâcleur » n'est pas une fatalité. C'est un jeune qui a perdu le sens de la profondeur. En lui proposant des entreprises exigeantes, en lui apprenant à goûter la lenteur et la précision, nous ne faisons pas que de la technique scoute : nous lui rendons sa liberté. Car celui qui ne sait pas se concentrer sur une tâche est l'esclave de ses impulsions. Celui qui sait « finir » est un homme libre.





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