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La manière de conduire les Routiers

Exposé remanié de Pierre Goutet (CNR SdF 1934-1939) lors des journées d'études sur la Route de 1931


On ne conduit pas des routiers comme des scouts, pas plus qu’on ne conduit des scouts comme des louveteaux. A l’âge des routiers, la vie du groupe est entièrement à renouveler : les activités, la manière d’agir sur les garçons, la manière d’obtenir la discipline. Il nous faut d’abord comprendre les garçons de 17-18 ans.



En général, nous n’avons pas une idée assez nette du caractère et des besoins des jeunes gens. Il y a chez eux un renouvellement de tout l’être qui ressemble souvent à une catastrophe. Les garçons semblent perdre brusquement tout ce qu’ils avaient acquis à la troupe, de vivacité mentale, de loyauté vive et spontanée, de don joyeux de soi. Tel garçon à l’obéissance duquel nous étions habitué, devient fantasque et rebelle. Tel autre que nous avions connu dévoué, ouvert, vif et joyeux s’éteint, gagné d’une sorte d’engourdissement invincible. Le signe révélateur de la crise, c’est la barrière qui semble s’établir entre le Chef et le Scout. La confiance s’atténue, nous sentons à sa place une résistance, une sorte de révolte intime contre toute autorité.

On peut définir cette crise, la crise de la découverte de soi. La personnalité d’un jeune reste longtemps le reflet de son entourage. Son tempérament reste longtemps incertain et mal dessiné. Et voilà qu’à un moment donné, le garçon prend conscience de lui-même, il découvre l’ensemble des tendances et des forces qui forment sa personnalité. Il aperçoit tout d’un coup ce que sont ses goûts à lui et sa personne ; cette découverte l’intéresse, il se regarde agir. Il est de moins en moins disposé à sacrifier aux autres les petites tendances et les désirs de cette personne. C’est une poussée d’égoïsme qui s’accompagne d’un grand trouble intérieur. Cette personnalité est une pousse fragile qui craint la lumière ; elle est maladroite dans ses bons et ses mauvais instincts ; elle souffre de cette maladresse et réagit sans mesure aux éloges et aux blâmes.

Un fait à noter : ce sont les tempéraments les plus riches qui sont généralement les plus atteints. Cette crise est presque une nécessité : on dirait qu’un caractère ne prend vraiment consistance que s’il a passé par cette épreuve et suivi cette étape douloureuse de recherches et d’incertitudes. Il faut s’inquiéter du sort des enfants bien sages qu’une préservation savante a protégés, et qui continuent à suivre docilement les impulsions qu’ils reçoivent. Ou bien, ils connaîtront la crise plus tard avec une violence que rien ne viendra plus amortir, ou ils ne la connaîtront pas du tout, et il leur manquera toujours quelque chose, une certaine vigueur de personnalité. Il y a un accent, un tempérament, une force d’affirmation qui vient de l’épreuve surmontée.

Le devoir du chef de clan est de faciliter l’essor de cette personnalité. De susciter, pour ensuite l’orienter, et lui faire produire ses fruits, cette découverte personnelle du monde et de soi-même.


Comment doit-il s’y prendre ?

Il faut que les routiers aient vraiment leur liberté de décision au sein du Conseil de Clan, leur autonomie ne doit pas se réduire à une simple apparence ; il faut vraiment qu’ils portent la responsabilité de leurs décisions. Le chef de clan intervient le moins possible directement dans la vie collective du groupe. Il doit se tenir sur la réserve en s’arrangeant pour que non seulement le clan reste dans la ligne scoute, mais aussi pour qu’il progresse et qu’il soit animé d’un esprit d’enthousiasme et de discipline. Inconciliable?

Le chef de clan doit gagner la confiance des routiers et se faire agréer comme homme et compagnon. C’est l’amitié qu’il leur offre qui est désormais le fondement de son autorité. Le chef de clan apporte son expérience et son amitié et il propose aux routiers de poursuivre avec eux une grande entreprise. Les routiers ont un attachement instinctif pour l’homme qu’ils sentent sûr de lui, et qu’ils savent réaliser dans sa vie leur idéal scout. C’est cette confiance dans l’homme d’expérience qui est le lien du clan. Elle suppose chez le chef de clan une qualité que tous les dons de la terre ne sauraient suppléer, c’est l’expérience réelle de la vie. Un chef routier trop jeune pourra entraîner son clan, il pourra tenir ses routiers, mais il manquera toujours à son clan l’esprit viril indispensable à sa santé et son développement.


Voilà la confiance gagnée. Comment le chef va-t-il maintenant diriger son clan ?

C’est dans l’action que les routiers trouveront l’équilibre intérieur, la confiance en eux, et c’est dans l’action pour les autres qu’ils se réaliseront tout-à-fait et qu’ils trouveront le chemin de Dieu. Le service n’est pas un simple moyen de retenir et d’intéresser les routiers, c’est l’instrument principal de leur formation. Par ce moyen, le routier doit sortir lui-même de ses incertitudes intérieures, et faire lui-même ses expériences. Le chef est là pour l’orienter par ses conseils et maintenir dans le clan l’atmosphère de jeunesse et d’enthousiasme.

Le chef conduit ainsi peu à peu ses routiers vers la vie, mais son travail n’a d’efficacité et de raison d’être, que s’il lui donne sa signification profonde. Nous ne cherchons pas seulement à former des hommes de caractère, mais des catholiques, des hommes qui apportent et implantent leur christianisme dans la vie quotidienne.

La devise du père Doncoeur résume nos aspirations : « Splendeur humaine par le Christianisme intégral ».

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